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LOW←TECH MAGAZINE

Comment et pourquoi j’ai arrêté d’acheter de nouveaux ordinateurs portables

En tant que journaliste indépendant – ou employé de bureau si vous préférez – j’ai toujours considéré avoir besoin d’un ordinateur décent, et que la qualité se payait.

Traduit par: Max Pinsard

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Image: Le Low-tech Magazine est maintenant rédigé et publié sur un ThinkPad X60s 2006.

En tant que journaliste indépendant – ou employé de bureau si vous préférez – j’ai toujours pensé que j’avais besoin d’un ordinateur décent et que la qualité se payait. Entre 2000 et 2017, j’ai eu trois ordinateurs portables que j’ai achetés neufs, et qui m’ont coûté environ 5 000 euros au total – soit environ 300 euros par an sur toute la période. La durée de vie utile de mes trois ordinateurs atteint 5,7 ans en moyenne.

En 2017, alors que je mettais mon lieu de travail et mon site Web hors du réseau électrique, j’ai décidé de ne plus acheter de nouveaux ordinateurs portables. À la place, je me suis acheté en ligne une machine d’occasion de 2006 pour 50 euros, qui remplit toutes mes attentes et besoins. Après une nouvelle batterie et une simple mise à niveau matérielle, mon investissement restait sous les 150 euros. Si cet ordinateur de 2006 dure aussi longtemps que mes autres machines – s’il tourne encore 1,7 an – il ne m’aura coûté que 26 euros par an. C’est plus de 10 fois moins que mes ordinateurs précédents. Dans cet article, j’explique mes motivations pour ne pas acheter de nouveaux ordinateurs portables, et comment vous pourriez faire de même.

Consommation énergétique et matérielle d'un ordinateur portable

Ne pas acheter de nouveaux ordinateurs portables permet de sauver beaucoup d’argent, mais aussi beaucoup de ressources et de destructions environnementales. Selon l’analyse du cycle de vie la plus récente, il faut 3 010 à 4 340 mégajoules d’énergie primaire pour fabriquer un ordinateur portable, comprenant l’extraction des matériaux, la fabrication de la machine et sa mise sur le marché. 1

Chaque année, nous achetons entre 160 et 200 millions ordinateurs portables. En utilisant les données ci-dessus, cela signifie que la production d’ordinateurs portables nécessite une consommation d’énergie annuelle de 480 à 868 pétajoules, ce qui représente entre un quart et la moitié de toute l’énergie solaire photovoltaïque produite dans le monde en 2018 (2 023 pétajoules). 2 La fabrication d’un ordinateur portable implique également une forte consommation de matière, qui comprend une grande variété de minéraux pouvant être considérés comme rares dû à différentes contraintes : économiques, sociales, géochimiques et géopolitiques. 34

La production de puces électroniques consomme énormément d’énergie et de matériaux, mais ce n’est pas le seul problème. La forte consommation de ressources des ordinateurs portables est également due au fait que leur durée de vie est très courte. Parmi les 160 à 200 millions d’ordinateurs portables vendus chaque année, la plupart sont des achats de remplacement. L’ordinateur portable moyen est remplacé tous les 3 ans en entreprise, et tous les cinq ans ailleurs. 3 Ma moyenne de 5,7 ans par ordinateur portable n’est donc pas exceptionnelle.

Les ordinateurs portables ne changent pas

L’étude citée date de 2011 et fait référence à une machine fabriquée en 2001 : un Dell Inspiron 2500. Vous pouvez tout-à-fait considérer cette « état de l’art du cycle de vie d’un ordinateur portable » comme obsolète, mais il n’en est rien. Un document de recherche de 2015 a découvert que l’énergie grise des ordinateurs portables est en fait statique au fil du temps. 5

Les scientifiques ont démonté 11 ordinateurs portables de taille similaire, fabriqués entre 1999 et 2008, puis pesé les différents composants. En outre, ils ont mesuré les dimensions de la puce en silicium de toutes les cartes mère, et de 30 cartes DRAM produites à peu près sur la même période (jusqu’en 2011). Ils ont alors constaté que la masse et la composition matérielle de tous les composants clés - batterie, carte mère, disque dur, mémoire - n’avaient pas changé de manière significative, même si les processus de fabrication sont devenus plus efficaces en termes d’utilisation d’énergie et de matériaux.

Ceci s’explique simplement : des fonctionnalités accrues compensent les gains d’efficacité du processus de fabrication. La masse de la batterie, la mémoire et la masse du disque dur ont diminué par unité de fonctionnalité, mais leur total annuel est resté à peu près constant. La même dynamique explique pourquoi la consommation d’énergie de fonctionnement des ordinateurs portables les plus récents n’a pas diminuée. Les nouveaux ordinateurs portables sont peut-être moins énergivores par puissance de calcul unitaire, mais ces gains sont compensés par une puissance de calcul totale plus élevée. C’est en informatique que le paradoxe de Jevons est le plus évident.

Le défi

Tout cela signifie qu’il n’y a aucun avantage environnemental ou financier à remplacer un vieil ordinateur portable par un nouveau. À l’inverse, la seule chose qu’un consommateur puisse faire pour améliorer la durabilité écologique et économique de son ordinateur portable est de l’utiliser le plus longtemps possible. La maturité technologique et la puissance de calcul plus que suffisante que possèdent désormais les ordinateurs portables facilitent cette perspective. Un problème demeure, cependant. Les consommateurs qui essaient de continuer à travailler sur leurs anciennes machines s’exposent à de la frustration. J’explique brièvement mes frustrations ci-dessous, et je suis plutôt sûr qu’elles sont assez répandues.

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Image: Les trois nouveaux ordinateurs portables que j’ai utilisés de 2000 à 2017.

Mon premier ordinateur portable : Apple iBook (2000-2005)

En 2000, alors que je travaillais en Belgique comme journaliste scientifique et technique en indépendant, j’ai acheté mon premier ordinateur portable, un Apple iBook. Un peu plus de deux ou trois ans plus tard, le chargeur a commencé à dysfonctionner. Le prix d’un chargeur neuf m’a tellement dégoûté des pratiques de vente d’Apple - les chargeurs sont très bon marché à produire, mais Apple les vend très cher - que j’ai refusé de l’acheter. Au lieu de cela, j’ai réussi à faire fonctionner mon chargeur encore quelques années, d’abord en le mettant sous le poids de livres et de meubles, et quand cela ne fonctionnait plus, en le serrant fermement avec une pince.

Mon deuxième ordinateur portable : IBM ThinkPad R52 (2005-2013)

Lorsque le chargeur a bel et bien décédé en 2005, j’ai décidé de me renseigner sur l’achat d’un nouvel ordinateur portable. Je n’avais qu’une demande : il devait avoir un chargeur qui dure, ou qui soit au moins remplacable pour pas cher. J’ai trouvé mieux que ce que j’espérais. J’ai acheté un IBM Thinkpad R52, et ça a été le coup de foudre dès la première utilisation. Mon ordinateur portable IBM était l’inverse du MacBook d’Apple, et pas seulement en termes de design (une boîte rectangulaire dispo dans toutes les couleurs tant que c’est du noir). Plus important encore, l’appareil entier a été conçu pour durer, pour être fiable, et pour être réparable.

Les produits modulables et à cycle de vie circulaire sont à la mode ces jours-ci, mais mon IBM Thinkpad était vraiment comme ça. Chaque composant de l’ordinateur portable pouvait être dévissé et remplacé, le boîtier robuste (avec des charnières en acier) était suffisamment grand pour permettre de grosses mises à niveau, et possédait tous les connecteurs imaginables. Ma machine de 2005 fonctionne encore aujourd’hui, et je suis convaincu qu’elle pourrait continuer encore 500 ans en étant bien entretenue. Comme une éolienne pré-industrielle, sa durée de vie pourrait être prolongée à l’infini en réparant et remplaçant progressivement chaque pièce qui la compose. La question n’est pas de savoir comment nous pouvons évoluer vers une économie circulaire, mais plutôt pourquoi nous continuons à nous en éloigner.

La question n’est pas de savoir comment nous pouvons évoluer vers une économie circulaire, mais plutôt pourquoi nous continuons à nous en éloigner.

J’ai payé mon Thinkpad plus cher que mon iBook, mais au moins j’ai dépensé tout cet argent pour un ordinateur décent et pas juste un beau design. Le chargeur ne m’a pas posé de problème, et lorsque j’ai dû en acheter un nouveau après l’avoir perdu en voyage, j’ai pu le faire à un prix raisonnable. Je ne me doutais pas que mon heureux achat allait devenir une expérience unique en son genre.

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Image : IBM ThinkPad R52 de 2005.

Mon troisième ordinateur portable : Lenovo Thinkpad T430 (2013-2017)

Avance rapide jusqu’en 2013. Je vis maintenant en Espagne et je dirige Low-tech Magazine. Je travaille toujours sur mon IBM Thinkpad R52, mais il y a quelques problèmes à l’horizon. Tout d’abord, Microsoft va bientôt m’obliger à mettre à jour mon système d’exploitation (O.S.), car le support de Windows XP doit prendre fin en 2014. Je n’ai pas envie de dépenser plusieurs centaines d’euros pour un nouveau système d’exploitation qui serait de toute façon trop exigeant pour mon vieux portable. De plus, l’ordinateur portable était devenu un peu lent, même après avoir été restauré à ses paramètres d’usine. Bref, je suis tombé dans le piège des industries matérielles et logicielles : j’ai considéré à tort avoir besoin d’un nouvel ordinateur portable.

Ayant tant aimé mon Thinkpad, il était logique d’en acheter un nouveau. Voici le problème : en 2005, peu de temps après avoir acheté mon premier Thinkpad, Lenovo, un fabricant d’ordinateurs chinois aujourd’hui le plus grand au monde, a racheté l’activité PC d’IBM. Les entreprises chinoises n’avaient pas la réputation de fabriquer des produits de qualité, surtout à l’époque. Cependant, comme Lenovo vendait toujours des Thinkpad qui semblaient presque identiques à ceux construits par IBM, j’ai décidé de tenter ma chance pour un Lenovo Thinkpad T430 en Avril 2013. Je l’ai pris au prix fort, en supposant que la qualité se payait.

J’ai assez vite constaté mon erreur. J’ai dû renvoyer deux fois l’appareil pour cause de boîtier déformé. Quand j’en ai eu un qui soit enfin à peu près correct, je me suis rapidement heurté à un autre problème : les touches du clavier ont commencé à se casser. Je me souviens encore de mon incrédulité la première fois. L’IBM Thinkpad était connu pour son clavier robuste. Pour le casser, il faut un marteau. Lenovo n’a évidemment pas trouvé cela si important et l’a discrètement remplacé par une version moins chère. Remarquez, il se peut que mon style de frappe soit agressif, mais je n’avais jamais cassé aucun clavier auparavant.

J’ai commandé machinalement une touche de remplacement pour 15 euros. Dans les mois qui ont suivi, le remplacement des touches est devenu une dépense récurrente. Après avoir dépensé plus de 100 euros pour des touches en plastique, qui allaient bientôt casser de nouveau, j’ai calculé que mon clavier avait 90 touches et que les remplacer toutes une fois me coûterait 1 350 euros. J’ai complètement arrêté d’utiliser le clavier, prenant un clavier externe comme solution temporaire. Ce n’était cependant pas pratique, en particulier pour travailler hors de chez soi - et pourquoi utiliser un ordinateur portable dans ce cas ?

Le problème était insoluble : j’avais besoin d’un nouvel ordinateur portable. Encore. Mais lequel ? Bien sûr, ce ne serait pas un produit fabriqué par Lenovo ou Apple.

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Image: Remplacer toutes les touches de mon Lenovo T430 m’aurait coûté 1 350 euros.

Mon quatrième ordinateur portable : IBM Thinkpad X60s (2017-maintenant)

Ne trouvant pas ce que je cherchais, j’ai décidé de remonter dans le temps. Je me suis rendu compte que, jusqu’à maintenant, les nouveaux ordinateurs portables sont de qualité inférieure par rapport aux anciens, même à un prix beaucoup plus haut. J’ai découvert que Lenovo avait changé de clavier vers 2011, et commencé à rechercher sur des sites d’enchères des Thinkpad construits avant cette date. J’aurais pu revenir à mon ThinkPad R52 de 2005, mais je m’étais habitué à un clavier espagnol, et le R52 avait un clavier belge.

En avril 2017, j’ai opté pour un Thinkpad X60s d’occasion de 2006. 6 En décembre 2020, la machine fonctionnait depuis près de 4 ans et a fété ses 14 ans – trois à cinq fois plus vieux que l’ordinateur portable moyen. Même si j’ai aimé mon Thinkpad R52 de 2005, j’ai littéralement adoré mon Thinkpad X60s de 2006. Il est tout aussi robuste – il a déjà survécu à une chute sur du béton depuis une table – tout en étant beaucoup plus petit et léger : 1,43 kg contre 3,2 kg .

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Mon Thinkpad X60s 2006 fait tout ce que je veux qu’il fasse. Je l’utilise pour écrire des articles, faire des recherches et maintenir les sites Web. Je l’ai également utilisé sur scène pour donner des conférences, projetant des images sur un grand écran. Il ne manque qu’une chose sur cet appareil, surtout de nos jours : une webcam. Je contourne ce problème en allumant mon ordinateur maudit de 2013 avec ses touches cassées chaque fois que j’en ai besoin, heureux de le rentabiliser pour un usage n’impliquant pas son clavier. Je pourrai aussi passer au Thinkpad X200 de 2008, une version plus récente du même modèle qui dispose d’une webcam. Image: Mon ThinkPad X60s.

Comment faire remettre à neuf votre vieil ordinateur

Ne plus acheter d’ordinateur neuf n’est pas aussi simple que d’acheter un ordinateur d’occasion. Il est conseillé de mettre à niveau le matériel, et il est essentiel de rétrograder le système d’exploitation (O.S.). Il faut donc faire deux choses :

1. Utilisez un O.S. à faible consommation d'énergie

Mon ordinateur portable fonctionne sur Linux Lite, l’un des nombreux systèmes d’exploitation open source spécialement conçus pour fonctionner sur de vieux ordinateurs. L’utilisation d’un O.S. Linux n’est pas vraiment facultative. Il n’y a aucun moyen de faire revivre un vieil ordinateur portable sous Microsoft Windows ou Apple OS : la machine se figerait instantanément. Linux Lite n’a pas les visuels flashy des dernières interfaces Apple et Windows, mais son interface graphique est ergonomique et a l’air tout sauf obsolète. Il prend très peu de place sur le disque dur et demande encore moins de puissance de calcul. En fin de compte, un vieil ordinateur portable fonctionne sans problème, malgré ses spécifications limitées. J’utilise également des navigateurs légers : Vivaldi et Midori.

Ayant utilisé Microsoft Windows pendant longtemps, je trouve que les systèmes d’exploitation Linux sont remarquablement meilleurs, d’autant plus qu’ils sont gratuits à télécharger et à installer. De plus, les O.S. Linux ne volent pas vos données personnelles et n’essaient pas de vous enfermer dans leur écosystème, contrairement aux O.S. les plus récents d’Apple et Microsoft. Cela dit, même avec Linux, l’obsolescence n’est pas à exclure. Par exemple, Linux Lite arrêtera sa prise en charge des ordinateurs 32 bits en 2021, ce qui signifie que je devrai bientôt chercher un système d’exploitation alternatif, ou acheter un ordinateur portable 64 bits légèrement plus récent.

2. Remplacez le disque dur par un disque SSD

Ces dernières années, les disques à semi-conducteurs (SSD) sont devenus faciles à trouver et abordables, et ils sont beaucoup plus rapides que les disques durs classiques (HDD). Bien qu’il soit possible de faire revivre un vieil ordinateur en passant simplement à un système d’exploitation plus léger, remplacer en plus le disque dur par un SSD rendra la machine aussi rapide qu’une version récent. Dépendamment de la capacité de stockage visée, un SSD vous coûtera entre 20 euros (120 Go) et 100 euros (960 Go).

L’installation est assez simple, et plutôt bien documentée en ligne. Les disques SSD sont silencieux et sont plus résistants aux chocs physiques, mais ils ont une espérance de vie plus courte que les disques durs classiques. Le mien fonctionne maintenant depuis presque 4 ans. Il semble que d’un point de vue environnemental et financier, un vieil ordinateur portable avec SSD soit un bien meilleur choix que d’en acheter un nouveau, quand bien même le SSD devrait être remplacé de temps à autre.

Ordinateurs portables de rechange

Entre-temps, ma stratégie a évolué. J’ai acheté deux modèles identiques à un prix similaire, en 2018 et début 2020, pour les utiliser comme ordinateurs portables de rechange. J’ai maintenant l’intention de continuer à travailler sur ces machines aussi longtemps que possible, disposant de plus de pièces de rechange que nécessaire. Mon ordinateur, depuis que je l’ai acheté, a eu deux problèmes techniques. Après environ un an d’utilisation, le ventilateur ne marchait plus. Je l’ai fait réparer la nuit même dans un petit magasin chinois d’informatique assez bordélique, à Anvers en Belgique. Il m’a dit que mon ventilateur bricolé fonctionnerait encore six mois, mais il fonctionne toujours plus de deux ans plus tard.

Puis, l’année dernière, la batterie de mon X60s a soudainement refusée de se charger, un problème que j’avais aussi rencontré avec mon ordinateur maudit de 2013. Cela semble être un problème courant avec les Thinkpad, mais que je n’ai pas encore pu résoudre. Je n’étais pas non plus obligé de la changer car j’avais un ordinateur de rechange prêt, que j’ai commencé à utiliser dès que nécessaire, ou quand je voulais travailler à l’extérieur.

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Image: Trois ordinateurs portables de 2006 identiques, tous en état de marche, pour moins de 200 euros.

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Image: À l’intérieur des Thinkpad X60s. Source : Manuel de maintenance du matériel.

Ma miraculeuse carte SD

Il est maintenant temps que je vous présente ma miraculeuse carte SD, qui est une autre mise à niveau matérielle facilitant l’utilisation de vieux (mais aussi de nouveaux) ordinateurs portables. De nombreuses personnes stockent leurs documents personnels sur le disque dur de leur ordinateur, puis effectuent si tout va bien des sauvegardes sur des supports de stockage externes. Je fais l’inverse.

J’ai toutes mes données sur une carte SD de 128 Go, que je peux brancher sur n’importe lequel des Thinkpad que je possède. Je fais ensuite des sauvegardes mensuelles de la carte SD, que je stocke sur un support externe, ainsi que des sauvegardes régulières des documents sur lesquels je travaille, que je stocke temporairement sur le disque de l’ordinateur en question. Cela s’est avéré très fiable, du moins pour moi : je ne perdais plus de documents suite à des problèmes informatiques ou de sauvegardes insuffisantes.

L’autre avantage est que je peux travailler sur n’importe quel ordinateur, et que je ne suis pas dépendant d’une machine en particulier pour accéder à mon travail. Vous avez les mêmes avantages lorsque vous stockez toutes vos données sur le cloud, mais la carte SD est l’option la plus durable, et fonctionne sans accès à Internet.

En théorie, je pourrais avoir jusqu’à deux pannes de disque dur en une journée et continuer à travailler comme si de rien n’était. Étant donné que j’utilise maintenant les deux ordinateurs portables en alterné - l’un avec batterie, l’autre sans - je peux également les laisser à deux endroits différents et me déplacer en vélo entre ces deux endroits, en transportant seulement la carte SD dans mon portefeuille. Je vous met au défi de faire pareil avec votre nouvel ordinateur portable dernier cri. Je peux également utiliser mes deux ordinateurs portables ensemble si j’ai besoin d’un écran supplémentaire.

En combinaison avec un disque dur, la carte SD augmente également les performances d’un vieil ordinateur portable, et peut être une alternative à l’installation d’un disque SSD. Mon ordinateur de rechange n’en a pas et fonctionne au ralentit si je navigue sur des sites internet trop lourds. Cependant, grâce à la carte SD, ouvrir un plan ou un document se fait presque instantanément, tout comme le faire défiler ou l’enregistrer. La carte SD permet également au disque dur système de fonctionner correctement, car il est presque vide. Je ne sais pas à quel point il est facile d’utiliser une carte SD sur d’autres ordinateurs portables, en tout cas tous mes Thinkpad ont un lecteur SD.

Les coûts

Faisons un calcul complet des coûts, incluant les ordinateurs portables de rechange et la carte SD au prix d’aujourd’hui, ceux-ci étant devenus beaucoup moins chers depuis que je les ai achetés :

  • ThinkPad X60s : 50 euros
  • Ordinateur portable de rechange ThinkPad X60s : 60 euros
  • Ordinateur portable de rechange ThinkPad X60 : 75 euros
  • Deux piles de remplacement : 50 euro
  • Disque SSD 240 Go : 30 euros
  • Carte SD 128 Go : 20 euros
  • Total : 285 euros

Tout ceci ne vous coutera que 285 euros. Pour ce prix, vous pourrez peut-être acheter le nouvel ordinateur portable le plus bas de gamme du marché, mais il n’incluera pas deux machines de rechange. Si vous réussissez à travailler avec pendant dix ans, le coût total sera de 28,5 euros par an. Vous devrez peut-être remplacer quelques disques SSD et cartes SD, mais cela ne fera pas beaucoup de différence. Vous éviterez de plus les impacts écologiques dus au renouvellement d’un ordinateur portable tous les 5,7 ans.

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Image: J’ai assez d’ordinateurs portables pour les quelques prochaines années.

Ne poussez pas la logique trop loin

Bien que j’aie utilisé mon Thinkpad X60s comme exemple, la même stratégie fonctionne avec d’autres modèles Thinkpad - [voici un aperçu de tous les modèles historiques] (http://www.thinkwiki.org/wiki/ThinkPad_History) - et les ordinateurs portables d’autres marques (que je ne connais pas). Si vous préférez ne pas acheter sur des sites d’enchères, vous pouvez vous rendre au magasin d’occasions le plus proche pour acheter un ordinateur portable de seconde main avec garantie. Il y a de fortes chances que vous n’ayez même pas besoin d’acheter quoi que ce soit, car beaucoup de gens ont de vieux ordinateurs portables qui traînent.

Mais il n’est pas nécessaire de revenir à une machine de 2006. J’espère qu’il est clair que ce que je présente ici est une expérimentation, où j’ai essayé d’aller le plus loin que possible tout en gardant un minimum de côté pratique. Mon premier essai était un ThinkPad X30 d’occasion de 2002, mais c’était un poil trop extrême. Il utilise un type de chargeur différent, n’a pas de lecteur SD et je n’ai pas pu me connecter au WiFi. Pour de nombreuses personnes, il peut être souhaitable de choisir un ordinateur portable un peu plus récent. Vous aurez alors une webcam et une architecture 64 bits, ce qui facilite les choses. Bien sûr, vous pouvez aussi essayer de me battre et retourner dans les années 90, mais vous devrez alors vous passer d’USB et de WiFi.

Votre choix d’ordinateur portable dépend aussi de ce que vous voulez en faire. Si vous l’utilisez principalement pour écrire, surfer sur le Web, communiquer et vous divertir, vous pouvez le faire pour aussi peu cher que moi. Si vous faites des travaux graphiques ou audiovisuels, c’est plus compliqué, car dans ce cas, vous utilisez probablement Apple. La même stratégie pourrait être appliquée sur un ordinateur portable un peu plus récent et plus cher, mais cela impliquerait de passer d’un Mac à un O.S. Linux. En ce qui concerne les applications bureautiques, Linux est clairement meilleur que ses alternatives commerciales. Par manque d’expérience, je ne sais pas si c’est aussi vrai pour d’autres logiciels.

Ceci est un hack, pas un nouveau modèle économique

Bien que le capitalisme puisse nous alimenter en ordinateurs usagés pour les décennies à venir, la stratégie décrite ici doit être vue comme un hack, et non comme un modèle économique. C’est une façon de limiter - ou de sortir – d’un système économique qui essaie de nous forcer, vous et moi, à consommer le plus possible. C’est une tentative pour casser ce système, sans être une solution en soi pour autant. Il nous faut changer de modèle économique pour pouvoir fabriquer tous les ordinateurs portables à l’image des Thinkpad pré-2011. Les ventes d’ordinateurs portables diminueraient en conséquence, mais c’est précisément ce qu’il nous faut. De plus, avec l’efficacité de calcul dont on dispose maintenant, la consommation d’énergie grise et de fonctionnement d’un ordinateur portable pourraient être considérablement réduites si on arrêtait la course vers toujours plus de fonctionnalités.

Les mises à niveau matérielles et logicielles entraînent, de manière très significative, une obsolescence rapide des ordinateurs, la partie logicielle étant désormais prépondérante. Un ordinateur vieux de 15 ans possède tout le matériel dont vous pourriez avoir besoin, mais il n’est pas compatible avec les logiciels (commerciaux) les plus récents. C’est vrai pour les systèmes d’exploitation et les logiciels en tout genre, des jeux jusqu’aux applications bureautiques, en passant par les sites Web. Ainsi, dans l’optique de rendre plus durable l’utilisation d’ordinateurs, les fabriquants de logiciel devraient commencer par rendre leurs nouvelles versions plus légères, et non pas plus lourdes. Plus le logiciel sera léger, plus nos ordinateurs portables dureront longtemps, et moins on aura besoin d’énergie pour les fabriquer et les utiliser.

Kris De Decker

Images: Jordi Manrique Corominas, Adriana Parra, Roel Roscam Abbing

Relecture : Eric Wagner

Sources:


  1. Deng, Liqiu, Callie W. Babbitt, and Eric D. Williams. “Economic-balance hybrid LCA extended with uncertainty analysis: case study of a laptop computer.” Journal of Cleaner Production 19.11 (2011): 1198-1206. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0959652611000801 

  2. International Renewable Energy Agency (IRENA). https://www.irena.org/solar 

  3. André, Hampus, Maria Ljunggren Söderman, and Anders Nordelöf. “Resource and environmental impacts of using second-hand laptop computers: A case study of commercial reuse.” Waste Management 88 (2019): 268-279. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0956053X19301825 

  4. Bihouix, Philippe. The Age of Low Tech: Towards a Technologically Sustainable Civilization. Policy Press, 2020. https://bristoluniversitypress.co.uk/the-age-of-low-tech 

  5. Kasulaitis, Barbara V., et al. “Evolving materials, attributes, and functionality in consumer electronics: Case study of laptop computers.” Resources, conservation and recycling 100 (2015): 1-10. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0921344915000683 

  6. Lenovo a repris l’activité PC d’IBM en 2005 et, à proprement parler, j’ai acheté un Lenovo Thinkpad X60s. Cependant, le matériel n’avait pas encore changé et l’ordinateur porte juste la nouvelle marque et le logo IBM. Mon ordinateur portable de rechange, un modèle presque identique de la même année (X60 au lieu de X60s), n’a aucune référence à Lenovo. 

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